La mort et le deuil sont des sujets très délicats à aborder. En parler provoque souvent une gêne car on ne sait pas comment réagir face à la douleur d’une personne endeuillée et on a l’impression de toujours mal faire.
De ce fait, on a tendance à éviter le sujet, même si ce n’est pas toujours possible. Par exemple, les enfants sont curieux et posent des questions sur ce qu’ils ne comprennent pas, et la mort est assurément un sujet qui reste un véritable mystère pour eux, un aspect qui complexifie encore la parentalité.
S’il est difficile d’en parler entre adultes, et encore plus avec de jeunes enfants, il est important d’être préparé le moment venu. Comment expliquer la mort aux enfants ? Comment annoncer un décès d’un proche ?
Pourquoi il est important de savoir comment expliquer la mort aux enfants ?
À tout âge, les enfants appréhendent la mort différemment, mais une chose demeure constante : leur besoin de réponses claires et honnêtes de la part des adultes. Il est donc primordial de ne jamais sous-estimer la capacité de compréhension d’un enfant, car, à sa manière, il perçoit ce qui se passe et ressent la tristesse et la souffrance qui l’entourent.
Si les enfants ne reçoivent pas d’explications cohérentes avec ce qu’ils observent et vivent directement, ils ressentiront un malaise. Ce manque d’explications les incitera à tenter d’établir eux-mêmes des liens entre les faits.
Ils le font alors avec les moyens dont ils disposent, généralement en se référant à eux-mêmes : les enfants privés d’explications en concluent souvent qu’ils sont responsables du deuil familial. Par conséquent, éviter la confrontation ne peut qu’être néfaste, et il est important de savoir comment expliquer la mort aux enfants.
Comment le deuil est vécu tout au long du développement de l'enfant ?
Outre la personnalité de l’enfant, ses ressources individuelles et le type de lien qu’il ou elle entretenait avec le défunt, l’âge joue également un rôle déterminant dans la manière dont il ou elle vit son deuil.
Avant l’âge de 3 ans, les enfants n’ont pas encore une compréhension claire de la mort, mais ils ressentent déjà la perte avec un mélange de tristesse et d’agitation, ce qui peut engendrer de la confusion. À cet âge, le meilleur moyen de les aider à surmonter cette épreuve est de leur témoigner de l’affection et de créer un lien fort avec eux.
Entre 3 et 6 ans, les enfants perçoivent la mort comme un état transitoire. Incapables de comprendre que le défunt ne peut revenir, ils vivent néanmoins le deuil avec douleur et tentent de comprendre ce qui s’est passé en posant des questions. Comme nous le verrons, la meilleure attitude à adopter est de répondre avec transparence.
Entre 6 et 8 ans, les enfants développent une perception de la permanence de la mort comme un phénomène définitif. Ils s’intéressent à tout ce qui touche à ce sujet, mais leurs expériences émotionnelles ne sont pas toujours exprimées clairement.
C’est pourquoi l’analyse de leurs dessins peut s’avérer utile pour interpréter leurs émotions et leurs sensations. À cet âge, on peut observer des accès de colère et des comportements agressifs liés à la frustration.
Entre 8 et 11 ans, les enfants comprennent que, physiologiquement, la mort équivaut à l’arrêt de toutes les fonctions qui nous maintiennent en vie, mais leurs réactions émotionnelles et comportementales ne sont pas encore adéquates et conduisent à des manifestations exagérées.
À partir de 11 ans, les enfants acquièrent une compréhension plus complète et plus mature du concept de la mort, même si leurs émotions s’expriment de diverses manières, pas toujours de façon constructive. Cependant, même de nombreux adultes ont du mal à faire face à ces événements, qui peuvent parfois être véritablement traumatisants.
Comment expliquer la mort aux enfants : les axiomes fondamentaux
En fonction du stade de développement de l’enfant, la manière d’expliquer la mort doit donc être cohérente et adaptée à sa compréhension. Partant de ce principe, certains éléments, que nous allons aborder, sont indispensables, même s’ils sont adaptés à l’âge de l’enfant.
Bien que ce ne soit pas facile, le premier pilier pour expliquer la mort aux enfants est l’honnêteté. Mentir à ce sujet ne fait qu’attiser leurs doutes, renforçant ainsi leur perception de la mort comme quelque chose de mystérieux et d’incompréhensible, hors de leur portée et, par conséquent, encore plus perturbant. L’enfant perçoit l’incertitude et la gêne de l’adulte qui tente de donner des réponses évasives et mensongères, il est donc préférable d’admettre que l’on ne sait pas quoi répondre.
Le langage doit être adapté à l’âge : les jeunes enfants s’appuient fortement sur les métaphores et les images pour comprendre les concepts abstraits. Dès leur plus jeune âge, il peut être utile de commencer par la description physique de la mort : l’arrêt de la respiration, de l’alimentation et du sommeil, et l’arrêt des battements du cœur.
L’enfant peut aussi demander confirmation à plusieurs reprises : la répétition est un outil fondamental d’apprentissage. Certains enfants bombardent les adultes de questions, tandis que d’autres gardent le silence et reviennent sur le sujet plus tard.
La préparation peut être utile : partager en famille, avec d’autres adultes, les réponses possibles à donner à l’enfant, permettra d’être préparé à toute éventualité et de partager une ligne de conduite commune, peut-être grâce à un programme de coaching parental.
Il faut également faire attention aux euphémismes et aux réponses imprécises. Les enfants ont besoin de réponses à leurs questions et de comprendre. Il est donc contre-productif de les embrouiller en utilisant des expressions comme « va-t’en », « repose-toi » et « dors » au lieu de dire qu’une personne est décédée. De plus, il est important que les enfants comprennent clairement la différence entre la mort et le sommeil.
Être franc ne signifie pas être impoli ou insensible : Un enfant en deuil souffre et est désorienté, il a donc besoin d’être rassuré, d’autant plus qu’il peut nourrir d’autres craintes, comme celle de la mort d’un proche. Dans ce cas, il est essentiel de normaliser et d’accueillir cette peur, tout en lui expliquant sincèrement que la mort est inévitable, mais que quelqu’un veillera toujours sur lui.
N’oubliez pas que chaque enfant a besoin de temps pour assimiler les réponses à ses questions sur la mort et que ses réactions peuvent être uniques. Par exemple, après en avoir discuté, il peut se montrer indifférent ou désintéressé, et reprendre ses jeux comme si de rien n’était. C’est parce qu’il a besoin de temps pour intégrer ses expériences et ses apprentissages, et chacun a le sien. Il est important d’en tenir compte et de laisser chaque enfant progresser à son propre rythme.
Parallèlement, il est très utile de rester ouvert et prêt à aborder à nouveau le sujet si l’enfant a encore des doutes ou souhaite poser d’autres questions. Mais il ne faut pas insister : il est important de reconnaître les moments où les enfants ont envie de parler, sans les repousser, mais il ne faut pas non plus les forcer.
Il est toujours essentiel de parler aux enfants avec respect, en étant attentif à leurs sentiments et à leurs angoisses, et en leur faisant comprendre qu’il est important de se sentir libre d’exprimer ses émotions, aussi négatives soient-elles.
Il n’y a pas lieu d’avoir honte de paraître fragile et vulnérable devant les enfants : il est crucial non seulement de savoir comment leur expliquer la mort, mais aussi de leur apprendre à gérer le poids émotionnel qui en découle, en reconnaissant que chacun a besoin d’une oreille attentive, même les adultes.
Comment annoncer un décès à un enfant ?
Annoncer un décès à un enfant demande avant tout honnêteté, clarté et beaucoup de délicatesse. Il est essentiel de choisir un moment calme et d’utiliser des mots simples et précis par exemple dire clairement que « X est mort(e) » plutôt que recourir à des euphémismes, car les enfants ont besoin de comprendre la réalité pour pouvoir l’intégrer.
Lors de l’annonce, laissez-lui espace pour exprimer ses émotions, qu’il s’agisse de questions, de silence, de tristesse ou même de jeux soudains : ce sont toutes des façons valables pour un enfant de traiter ce qu’il vit. Accompagner cette annonce avec votre propre émotion, expliquer que vous aussi ressentez de la peine, et lui assurer qu’il est entouré et aimé, aide à instaurer un climat de confiance et de sécurité.
Enfin, soyez prêt à répondre à plusieurs reprises aux mêmes questions, car la compréhension de la mort évolue avec l’âge et le temps ; suivre son rythme et rester disponible pour en reparler est souvent plus efficace que d’essayer de tout expliquer en une seule fois.
